• Emy

Randonnée sauvage & nuit en refuge norvégien

Mis à jour : 26 avr. 2020

Contexte : Nous sommes en septembre 2017, je vis dans une famille norvégienne en pleine forêt avec 25 chiens de traîneaux, et le week-end raconté ici est celui de 2 jours passés seule à randonner en pleine nature dans la région centre-Est du pays. Je n'ai à ce moment-là jamais réalisé de marche en solo sur 2 jours avec une nuit en refuge. Grande première !



Jour 32 :


Vendredi, 17h30, mon sac à dos est prêt et j'emprunte la voiture de la famille afin de me rendre à Liomseter, un refuge gardé à 1h d'ici. Je savoure la conduite d'un 4x4 sur les routes sinueuses comme je les aime. Une fois arrivée, je découvre mon tout premier châlet norvégien : celui-ci est très grand, il y a du personnel qui y travaille et nous sommes une quinzaine de personnes. L'intérieur est chaleureux et très (trop) bien chauffé ! Les "hytt" sont en fait des châlets en bois, et il en existe de 4 sortes : - les privés qui appartiennent à des particuliers, - des grands avec du personnel pour les repas et l'accueil, - des petits avec des stocks de nourriture, gaz et bois et non-gardés, - des petits sans nourriture et non-gardés.



J'arrive juste à l'heure du dîner, on me propose de m'installer à une table de 8 avec 7 autres femmes : une mère et sa fille, des copines à deux et à trois. J'apprends qu'il a neigé jusqu'à 30cm par endroits vers le nord du parc de Langsua. Le bâtiment a beau être moderne et bien aménagé, il n'y a pas d'électricité dans les chambres, pas d'internet, et les toilettes sèches sont dehors.

Je sors faire une balade digestive tandis que la nuit s'installe, et trouve un endroit légèrement culminant permettant d'apercevoir quelques sommets partiellement enneigés qui ne doivent pourtant pas dépasser les 1300m. C'est incroyablement calme, on n'entend que le cours d'eau et quelques oiseaux. La seule lumière artificielle provient de l'auberge, tel un phare en pleine mer.

20h30, nous sommes tous réunis dans une pièce commune, en bois comme le reste, c'est vraiment cosy! Les gens discutent entre eux, programment leurs itinéraires pour demain.



Jour 33 :


Samedi matin, je me lève à 6h58. Je tri mes photos en attendant le breakfast à 8h. En suivant les conseils de quelques personnes, je sais maintenant quelle randonnée je vais faire ce week-end : départ à 9h15, direction le refuge de Haldorbu à 6h de marche vers l'Ouest.

Sur la route, je traverse des ruisseaux et zones marécageuses, il y a beaucoup de boue. Je sais que nous sommes quelques personnes à aller au même endroit donc c'est plus rassurant, cependant je marche seule tout du long.

Il n'y a pas beaucoup de dénivelé mais le chemin fait 15km de long et c'est un beau parcours que je réalise pour la première fois avec un gros sac à dos. L'appareil photo se rempli progressivement d'images, et vers 14h j'atteins les plateaux légèrement enneigés à environ 1200m d'altitude. C'est magnifique, il n'y a aucune trace d'activité humaine si ce n'est les traces de pas et les rares marquages rouges sur les pierres qui indiquent le chemin.


15h30, j'arrive au refuge non-gardé avec joie, et découvre alors une partie de la culture norvégienne. Heureusement, il y a une mère et sa fille de 16 ans qui sont là aussi et m'expliquent tout ce qu'il faut savoir. Dans la chambre il y a 5 lits, il y aussi une petite pièce commune chauffée par un poêle à bois, et une sorte de placard où de la nourriture est stockée.

Il y a un autre bâtiment plus grand à côté et 5 femmes s'y installent. Nous dînons à 16h45 (et oui...), et après avoir pris ma tisane au chaud dans ce petit chalet en bois éclairé à la bougie et quelques lumières artificielles, je m'endors profondément vers 21h30.



Jour 34 :


Réveil vers 7h30 par une souris grattant dans le toit. Je réalise avec stupeur que je viens de dormir une dizaine d'heures... Nous déjeunons, faisons le ménage, remplissons la fiche de présence en déclarant les produits consommés et le nombre de nuit passées pour recevoir la facture par mail (l'honnêteté fait partie intégrante des valeurs norvégiennes).



Nous décollons du chalet vers 10h. Nos chemins se séparent rapidement avec mes deux compagnes. Le temps est très brumeux et sachant que la vue est totalement bouchée, que je suis totalement seule et que je préfère arriver avant la nuit, j'opte pour passer par le même chemin qu'hier pour le retour. J'avance assez bien, la neige a partiellement fondu durant la nuit, cependant je suis plongée dans un épais brouillard qui me brouille la vue à plus de 100 mètres.

Vers 11h, je me retrouve à un croisement, et l'aventure veut que cela soit plus épique, j'ai donc perdu mon chemin à ce moment là... Petit à petit, je m'enfonce dans un bois en suivant plus une piste de chasseur qu'un chemin de randonnée. J'atterris dans une zone marécageuse et patauge un maximum, remplissant progressivement mes chaussures d'eau, et je commence alors à angoisser.

J'essaye de garder mon calme mais la respiration devient plus dure et je perds ma sérénité sous l'effet du stress. Je suis perdue au milieu de nul part sans aucun moyen de communiquer hormis mon sifflet, et je tourne en rond depuis environ une heure. Je m'arrête un instant pour reprendre mes esprits et décide alors de faire demi-tour en remontant le long du cours d'eau. Je fini par enfin retrouver le fameux croisement aux indications nullissimes. Je me rappelle alors de la direction et un marquage rouge ne tarde pas à le confirmer...

Je suis perdue au milieu de nul part sans aucun moyen de communiquer

Il est 12h30 : j'ai perdu plus d'une heure, le stress et la marche dans le marécage m'ont bien fatigués et il doit me rester encore 5h de marche avant de retrouver la voiture. Une pause grignotage s'impose pour retrouver mon calme et accorder un répit au corps, mais elle sera de courte durée car il est hors de question que la nuit arrive avant moi. Je me met donc à marcher d'un très bon rythme et ne m'arrête que quelques minutes. Je refais le monde dans ma tête et parle toute seule à voix haute en anglais. Je trouve une petite grenouille que je surnomme Kiki la Praline...


J'arrive à bon port à 15h30... Oui, 15h30! Je passe les dernières minutes de marche à me demander à quel moment j'ai traversé un portail spatio-temporel, sachant que j'étais censée arriver à 17h !! Voilà, donc une marche 30km ce week-end seule en pleine nature norvégienne, et deux nuits en refuge, DONE !


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