• Emy

33 heures houleuses à bord de l'Hurtigruten

Extrait de mon journal de voyage



Jour 80 :


C’est mon dernier jour à Bergen, je prépare à nouveau mon sac à dos. 19h, je fais la tournée des au revoir et en particulier à Bård chez qui je viens de passer cinq semaines grâce à Workaway. Mon amie Laura m’accompagne au terminal de l’Hurtigruten, l’express côtier très connu qui relie Bergen à Kirkenes (frontière russe) depuis 1893, servant en premier lieu de liaison marchande et postière entre plusieurs ports le long de la côte. 22h22, les moteurs s’activent. 22h29, trois coups de « Klaxon » retentissent dans le port. Bergen s’éloigne, la Lune se lève et on aperçoit les étoiles quelques minutes avant que les nuages ne voilent le ciel. C’est la première fois que je vais dormir dans un bateau ! Excitée et un peu angoissée de savoir que la mer est juste en dessous. Il y a deux lits dans ma cabine mais je suis seule. Impossible de dormir : entre les zones houleuses que nous traversons durant plusieurs heures et les vibrations du moteur, j’obtiens un mal de crâne et la nausée jusqu’à probablement 2h du matin…



Jour 81 :


7h45, la nuit a été courte et mouvementée. Trois quarts d’heure plus tard, je monte prendre l’air et voir la faible lumière du jour. Quelques fjords nous entourent, la vue est absolument magnifique et l’air bien frais. Cependant, la nausée me gagne très vite car nous entamons la traversée d’une nouvelle zone agitée.

« Certaines vagues sont tellement puissantes que l’on peut entendre la vaisselle des cuisines se briser par terre »

De 8h45 à 10h30, je subis la vie enfoncée dans un fauteuil et remercie la compagnie de fournir à volonté de super petits sacs en papier qui me serviront pas moins de huit fois. J’apprends que 90% des passagers sont dans le même état.

Près de moi sont assises deux autres femmes dont une française. La scène devient vite comique: au gré des vagues, son fauteuil glisse de gauche à droite sur le parquet, stoppé net à chaque fois par une chaîne de sûreté. Je ne peux m’empêcher d’éclater de rire, laissant échapper le stress et le mal-être quelques secondes.

À travers les fenêtres, j’aperçois les vagues de plusieurs mètres qui jouent avec notre bateau comme un enfant pourrai le faire dans son bain, ne se préoccupant guère des êtres minuscules se trouvant à l’intérieur. Je suis terrifiée et fascinée par cette quantité d’eau monstrueuse et j’aimerai aller filmer ce que nous vivons, mais impossible de quitter le fauteuil…


Certaines vagues sont tellement puissantes que l’on peut entendre la vaisselle des cuisines se briser par terre. Le pot de fleurs qui se trouve sur la table devant moi ne tarde pas à voler avant de se fracasser sur le sol, laissant de la terre partout autour.



10h30, les sensations fortes prennent fin. Prenant mon estomac à deux mains je sors prendre l’air. Nous passons près d’une île proche de la côte, et j’obtiens une récompense incroyable : un gros rapace décolle lourdement, vite je prends une photo et zoom pour l’identifier. Il s’agit d’un… Pygargue à queue blanche!!! Incroyable. Personne d’autre n’a l’air de l’avoir vu, je suis donc encore plus fière de ma trouvaille.

11h45, direction le restaurant. N’ayant pas pu avaler de petit déjeuner ce matin, l’extraordinaire serveur Champ me donne une petite table. À peine assise, une très vieille dame se joint à moi. Il me semble qu’elle est allemande, et elle fait l’aller retour Bergen-Kirkenes-Bergen sans doute pour la dernière fois car elle ne sait pas si elle sera encore en vie l’année prochaine… Du haut de sa longue expérience de vie qui se lit sur ses mains et dans ses fragiles yeux bleus, le grand conseil qu’elle me donne est « travel, travel, travel ! Now, I have Time but I’m not powerful enouth. »


« Travel, travel, travel ! Now, I have Time but I’m not powerful enouth. » Voyageuse allemande âgée

13h, nous accostons à Ålesund, j’ai 2 heures pour explorer les environs. Une boutique d’antiquités attire mon attention. À l’intérieur, une quantité improbable d’objets divers et variés. Je découvre un escalier qui monte sur plusieurs étages où sont exposés de nombreux tableaux. Arrivée en haut, je me retourne et mon cœur sursaute : un chat assis quelques marches plus bas me regarde droit dans les yeux, silencieux. J’ai une drôle de sensation, comme s’il était le gardien de cette zone où presque personne ne va. Après quelques caresses, je repars et trouve un point culminant pour voir la ville, avant de rejoindre le bateau. Je discute longuement avec la dame française avant de sortir voir les fjords enneigés avant que la nuit ne tombe. Ce soir, la mer est encore très agitée et je reste dans ma couchette pour passer ce moment plus sereinement.



Jour 82 :

Le bateau arrive à Trondheim à 6h aujourd’hui. Réveillée à 4h30, je suis prête et j’attends à l’accueil le débarquement. Bizarrement, je suis la seule passagère debout. Chaudement emmitouflée, le sac bien attaché, mes yeux parcourent les prospectus affichés juste en face. Je tombe sur une feuille indiquant des horaires : celles de notre bateau, indiquant les heures d’arrivée et de départ à chaque port. Je comprends alors que nous arrivons certes à 6h, mais que le bateau ne repart qu’à 12h.


Je vis à cet instant précis un grand moment de solitude, et comprend soudainement pourquoi tout le monde dort encore à part l’équipage.

Après être retournée discrètement à ma cabine et attendu patiemment, direction le petit déjeuner. Je retrouve Catherine, la dame française, ainsi qu’un espagnol bavard à la retraite et un allemand de 36 ans. Quittant le navire à 9h, je commence l’exploration de la ville. En m’asseyant un moment, je sens que tout continue à tanguer sous mes pieds

Après 33h de bateau, il va falloir retrouver quelques repères !


THE END

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